C’est un véritable séisme dans le monde du jeu vidéo en France. Micromania-Zing, l’enseigne emblématique de la vente de jeux vidéo et de produits dérivés, est officiellement à vendre. Son propriétaire, le géant américain GameStop, cherche un repreneur et se désengage du marché français et canadien. Une décision qui acte, une fois de plus, le face à la montée en puissance du numérique et du streaming.
Micromania, du succès à la crise
Fondée en 1983 à Nice, Micromania a longtemps été le leader incontesté de la distribution de jeux vidéo en France. Avec un réseau de plus de 440 magasins à son apogée, l’enseigne a su écraser la concurrence, notamment avec le rachat de Dock Games et d’une partie de Game France. Mais en 2008, l’entreprise passe sous pavillon américain avec son rachat par GameStop pour 500 millions d’euros. Un choix stratégique qui semblait prometteur à l’époque, mais qui, 15 ans plus tard, sonne comme une erreur magistrale. Car entre-temps, le marché a totalement changé.
L’essor des plateformes de téléchargement, le cloud gaming et la dématérialisation des jeux vidéo ont peu à peu grignoté les parts de marché des revendeurs traditionnels. Micromania a bien tenté de s’adapter en lançant Zing, une enseigne dédiée aux produits dérivés de la pop culture, et en fusionnant les deux marques en 2017. Mais cela n’a pas suffi à enrayer la chute.

Un modèle en sursis face à la révolution numérique
La transition vers le numérique a été un véritable coup de massue pour les magasins spécialisés. Le COVID-19 a accéléré le phénomène, poussant encore plus de joueurs à privilégier les achats en ligne, que ce soit sur Steam, le PlayStation Store, le Xbox Store ou l’Epic Games Store. En 2019, Micromania-Zing comptait encore 430 boutiques en France, mais entre 2020 et 2023, de nombreux points de vente ont mis la clé sous la porte. GameStop, déjà en difficulté aux Etats-Unis malgré un regain temporaire grâce à l’affaire boursière des « meme stocks », n’a pas su enrayer la descente aux enfers de sa filiale française.
Aujourd’hui, la situation est critique, car les ventes de jeux physiques s’effondrent, les magasins ferment progressivement, et l’intérêt des consommateurs pour le tout-numérique est grandissant. La grande question est donc : qui voudra racheter un réseau de magasins physiques à une époque où tout se joue en ligne ?
Un risque majeur pour l’emploi
Si aucun repreneur ne se manifeste, la situation pourrait rapidement tourner à la catastrophe sociale. Il existe des sociétés spécialisées comme Pic International pour réaliser des cessions d’entreprises de cette envergure. Micromania emploie plusieurs milliers de salariés en France, et la fermeture des magasins serait un drame pour ces employés passionnés, souvent gamers eux-mêmes. Certes, sur X (ex-Twitter), Micromania-Zing tente de rassurer en affirmant que la mise en vente « n’impacte aucunement le fonctionnement » de l’enseigne et que les précommandes et bons d’achat restent valables. Mais soyons clairs, une vente signifie un changement de cap, et possiblement des restructurations massives.
Et même si un repreneur se manifeste, quelle sera sa stratégie ? Conserver le réseau actuel ? Réduire drastiquement le nombre de magasins ? Miser uniquement sur les produits dérivés et les collectibles ? Autant de questions qui restent pour l’instant sans réponse.
